La riposte est aussi idéologique
Par gerald briant le mardi 23 octobre 2007, 10:09 - Débats d'idées - Lien permanent
La succession de mauvais coups fomentés par la droite appelle à l’action et au rassemblement le plus large. Tout doit être tenté pour empêcher le gigantesque retour en arrière qui menace notre modèle social. Mais le rassemblement, l’action ne seront pas suffisants. S’il est un sujet à travailler de façon concomitante, c’est bien celui de la bataille idéologique. Nicolas Sarkozy ne nous en laisse d’ailleurs pas le choix, lui qui ne cesse chaque jour d’enfoncer des coins sur le terrain des idées dans une gauche systématiquement sur la défensive
Dans un article de l’Humanité revenant sur la lettre aux éducateurs du Président de la République, Marie-Noëlle Bertrand caractérise avec justesse le mode opératoire Sarkozyste, je cite : « s’il est un art dans lequel Nicolas Sarkozy n’en finit pas de briller, c’est celui qui consiste à épouser, sur la forme, la cause qu’il souhaite abattre. » Prenons deux sujets au cœur de l’actualité pour illustrer le propos. Je veux parler des régimes spéciaux et du pouvoir d’achat. Dans le premier de ces thèmes, au nom de l’égalité le leader de la droite française prône la fin des régimes spéciaux. Il utilise par la même une valeur, l’égalité, communément classée à gauche et réalise le tour de force de se placer du point de vue de celui qui n’a rien pour faire passer pour un infâme profiteur, celui qui possède deux fois rien…
Même recette dans le cas du pouvoir d’achat ; le président de la république décide de faire sienne une valeur classiquement classée à gauche, le travail en se plaçant, là encore, du point de vue de l’ouvrier que des lois prétendument injustes empêcheraient de travailler plus pour gagner plus. On n’est pas loin de l’escroquerie pure et simple sauf que la présidentielle l’a démontré : cela fonctionne dans l’opinion publique.
A chaque fois, la gauche comme le mouvement social se sont mis sur la défensive sur ce qu’ils considéraient comme leur socle commun. A gauche retentit même parfois l’air de « la droite nous a piqué nos valeurs ! », c’est dire…
Combattre l’offensive Sarkozyste ne peut se résumer à un débat sur les valeurs. Son tourbillon médiatique qui utilise à fond les médias dominants en multipliant les thématiques rend difficile de structurer durablement un affrontement sur les valeurs. Cela est-il souhaitable si l’on ne le ramène pas sur la question de fond de l’affrontement de classe ? Car lorsque le président de la République défend « la liberté du renard dans le poulailler », les communistes eux défendent la liberté de ceux qui sont victimes des dominations, de l’exploitation, des aliénations de toutes sortes.
Et comment riposter idéologiquement à la droite, si l’on n’évite pas les pièges qu’elle dresse devant nous, en ramenant d’abord le débat à sa dimension politique ? Puis en ouvrant d’autres perspectives de développement social que celles liberticides et régressives qu’elle porte? Il ne s’agit pas de laisser Nicolas Sarkozy seul sur le débat des « valeurs », mais de démontrer combien ce débat est lié aux rapports de forces en présence, de faire bouger ces rapports de force.
Dans son action, Nicolas Sarkozy fait le choix qu’un camp contre l’autre. Il s’acharne à favoriser les plus fortunés même s’il s’en défend. Là réside son escroquerie principale. Et le vernis commence à craqueler ; les 15 milliards de cadeaux fiscaux comme d’ailleurs la liste des bénéficiaires de son bouclier fiscal démontrent que ce sont toujours les même qui profitent de ses largesses tandis que dans le même temps à coup de franchises médicales, les malades sont ponctionnés, parce que coupable d’être malade. De fait la « valeur » travail selon Sarko, c’est l’accumulation des profits et le pouvoir au patronat !
Il en va ainsi sur le droit de grève. Sous couvert de démocratie sociale, le gouvernement entend utiliser le vote dans l’entreprise pour en fait faire pression sur un conflit social en cours. Et bien sachons détourner cette offensive en démasquant ses véritables intentions et en « renversant la charge ». Proposons et rendons incontournable dans l’entreprise la création d’un droit nouveau qui implique qu’en cas de délocalisation, les salariés doivent donner leur accord. Faisons grandir l’idée que la démocratie sociale n’est pas juste un moyen de pression sur les salariés mais peut favoriser un mouvement appropriation sociale, cœur d’une transformation progressiste de notre société. Cet objectif majeur au cœur du projet communistes peut devenir le bien commun de la gauche et du mouvement social.
De fait, la vie le montre, la stratégie sarkozyste pourrait être aussi la principale faiblesse du Président de la République si la gauche sait manier la contre-offensive à ce double niveau politique et idéologique. Employons-nous y !
Commentaires