Pour le débat de congrès, un document utile à la réflexion
Par gerald briant le vendredi 17 août 2007, 12:22 - Débats d'idées - Lien permanent
Une contribution de Yann Le Pollotec
Chère Camarade, Chère Amie Cher Camarade, Cher Ami,
A la veille de notre congrès, je me permets de t'adresser comme contribution au débat quelques réflexions personnelles sur la situation politique, l'état du monde, l'avenir du Communisme et du PCF. Certaines te choqueront ou d'irriteront mais je ne crois qu'il y a de débat possible sans polémique. D'autres te sembleront soit trop lapidaires, soit superficielles, tu auras probablement raison, car il nous faudra encore beaucoup confronter et travailler pour sortir de l'état d'hémiplégie dans lequel se trouvent depuis des décennies, tous ceux qui en France, se réclament du communisme.
Yann Le Pollotec
Section de Stains
Fédération de Seine Saint Denis
Le 30 juillet 2007
Quelques réflexions sur les présidentielles 2007 et l’avenir du Parti
Mais que s’est-il donc passé en 2007 ?
La société française a-t-elle le 6 mai 2007, basculée à droite en confiant les clefs du Palais de l’Elysée à un populiste désireux de réaliser une révolution néo-conservatrice à la française ? La gauche serait-elle condamnée à l’impuissance ou à la trahison, avec un PCF qui n’en finit pas d’agoniser, une extrême gauche qui cède aux charmes discrets de l’obscurantisme, et un Parti socialiste en crise mettant cap à droite ? Où la situation politique ne traduirait-elle pas une distorsion entre les aspirations et les craintes de la société française et les choix stratégiques et tactiques effectués par les différents candidats mais aussi et surtout par les citoyens-électeurs ?
En juin 2006, de l’avis de tous les observateurs politiques, la droite ne pouvait que perdre l’élection présidentielle. Battue, trois fois de suite dans les urnes (Régionales 2004, Européenne 2004, et le Référendum de 2005), désavouée par la rue avec le CPE, profondément divisée entre Chiraquiens et Sarkozystes, colbertistes et libéraux, coincée entre un Front national voulant toucher les dividendes du « non de droite » au Traité constitutionnel et une UDF qui n’hésitait plus à censurer le gouvernement, la droite ne semblait n’avoir aucune chance de garder l’Elysée. D’autant plus que tous les clignotants de la société française étaient au rouge. Le moral des français était au plus bas. La croissance patinait. La précarité dans tous les domaines de la vie se généralisait. L’emploi industriel s’effondrait. Une crise du logement sans précédent depuis l’après guerre se développait. Le pouvoir d’achat était en berne. Les classes moyennes prenaient conscience avec effroi de leur paupérisation et envisageaient avec crainte leur avenir et celui de leurs enfants. La jeunesse se vivait comme une génération sacrifiée, coincée entre précarité, chômage et faillite du système scolaire. Les émeutes de novembre 2005 et l’explosion des incivilités, de l’insécurité et des violences consacraient l’échec de la politique sécuritaire de Sarkozy, voir l’échec de la politique en général.
Tous les ingrédients étaient donc réunis pour sortir les sortants. Un boulevard semblait s’ouvrir à la gauche et au PS. D’autant plus que Nicolas Sarkozy, le candidat le plus probable de la droite, adepte de la rupture et ennemi de la synthèse, paraissait en incapacité de rassembler son propre camp. Ne disait-on pas de lui que hors de Neuilly sur seine, il n’avait connu que des déroutes électorales ? Les seules questions qui se semblaient se poser, étaient de savoir : Qui au PS serait le futur président et sur quelle orientation ? Le « non de gauche » au référendum du 29 mai arriverait-il à se sédimenter en une force politique lors de ces présidentielles ? Le Front national réussirait-il à maintenir, voir à augmenter son capital électoral en propulsant sur le devant de la scène Marine Le Pen ? Cette élection serait-elle dominée par une bipolarisation de la vie politique française ou au contraire une atomisation des choix politiques comparable à celle d'avril 2002 ?
Comme en 2002, le scénario convenu d’avance ne s’est pas réalisé. Les candidats, les forces politiques et sociales qu’ils étaient sensés représenter, et surtout les citoyens-électeurs ont écrit une toute autre histoire. Le corps électoral n’est pas resté passif. Il a même était très participatif et réactif, mais pas sur le terrain et les schémas où on l’on attendait.
Au lendemain, du 29 mai, les choses paraissaient simples. Il y avait des électeurs de gauche du NON et des électeurs de droite du NON. Le choix des électeurs du NON de gauche, était la résultante d’un militantisme politico-éducatif, basé sur l’organisation de micro-réunions et sur l’usage des multiples outils Internet, conduit par une nébuleuse d’organisations et d’individus se proclamant anti-libéraux. Les électeurs du NON de gauche étaient à la fois majoritaire dans l’électorat de gauche et dans l’électorat du NON. Ils avaient voté sur la base d’un choix politique anti-libéral. Donc si une candidature unique issue de « l’arc » des organisations et individus ayant été les activistes de l’ anti-libéralisme», venait à exister, elle devait presque naturellement rassembler la grande majorité des électeurs du non de gauche et permettre de constituer une grand force de gauche alternative au PS.
Or cette « stratégie » a débouché sur un échec. Ce fiasco n’est pas du à l’impossible accord entre « l’arc des forces ayant fait le NON de gauche » , ni même au caractère groupusculaire des comités de base sensés appuyer cet arc. La pitoyable réunion de St Ouen, avec son pesant rituel anachronique d’AG soixanthuitarde, n’a été que la banqueroute finale de la traduction politique d’une analyse erronée du mouvement réel de la société française. Même, si St-Ouen avait débouché sur une improbable candidature unique, celle-ci aurait réuni un nombre de voix nettement inférieur à la somme des voix de Marie George Buffet, Olivier Besancenot et José Bové, et cela en raison même de la base sociale qui aurait porté cet accord . On ne fait pas un rassemblement à vocation majoritaire, à partir d’un conglomérat de bobos gauchisants et d’enfants de la bourgeoisie rouge en rupture de ban. On ne peut construire une contestation crédible du capitalisme sur le corpus réactionnaire de l’anti-nucléaire, de l’anti-OGM, de l’anti-nanotechnologie, de la décroissance, de l'obscurantisme et d’une conception conservatrice de la diversité qui refuse l’altérité des cultures. On ne peut prétendre aspirer à un autre monde sans une critique radical du religieux et des religions au sens idéologique du terme. Il y a un antagonisme fondamental entre l’arriération religieuse et l’émancipation humaine. Il y n’a pas à choisir entre le fondamentalisme protestant de Busch and Co, les prêches obscurantistes du Pape, ou l’intégrisme bon chic, bon genre de Tarik Ramadan, ils conduisent aux mêmes aliénations du corps et de l’esprit. Sauf à vouloir faire de Paris-2007, un Phnom Pen 1975, il fallait être bien fou ou bien inconscient pour confier à ceux qui étaient réunis en décembre 2006 à St Ouen, les clefs de la maison France. Ce n’était tout simplement pas sérieux et les Français l’ont bien compris.
Effectivement le 29 mai, a été l’expression politique qu’une majorité de français avait conscience que le libéralisme, ou plus exactement le libre-échange à l'échelle mondiale, menaçait leur niveau de vie, leur mode de vie, leur culture…Cette majorité percevait que les intérêts de Total, Thalès, EADS, Alstom, Renault, PSA, BNP, Suez, Véolia, Bouygues, Vinci, Carrefour, Danone,…ne coïncidaient plus avec ceux du peuple français. Mais, cela n’impliquait en rien la sédimentation d’un électorat spécifique autour d’une force politique sensée incarner cette prise de conscience et construire une issue révolutionnaire. L'antilibéralisme ne peut d'ailleurs, par définition, être le pivot de cette issue révolutionnaire, car il est par essence réactionnaire vis à vis d'un capitalisme qui révolutionne sans cesse les modes de productions et avec eux toute la société et qui se nourrie de ses propres crises. La demande sociale a été au contraire que les forces politiques les plus établies au sens institutionnel de terme, ayant la plus grosse masse critique, se mettent en situation de porter cette recherche de protection face à l’insécurité sociale que génère la mondialisation et la capacité qu’a le capitalisme de révolutionner en permanence les modes productions. A ce jeu, c’est Nicolas Sarkozy, et sa plume Henri Guaino qui ont su le mieux répondre à la demande. Ainsi, le choix de la société française n’a pas été de créer une force politique dont le programme eu été de les protéger de « la concurrence libre et non faussé » mais de donner le mandat à Nicolas Sarkozy d’être le porteur de cette demande, même si cela va à l’encontre de son logiciel historique.
Nicolas Sarkozy a su comprendre que l’unique fondement de l’identité nationale du peuple français est la Politique. Contrairement, à un Jospin qui pratiquait la pédagogie de l'impuissance de la Politique, à une Ségolène Royal qui a voulu restreindre le champ du politique à la morale et aux valeurs, Sarkozy et dans une moindre mesure Bayrou a pris pour credo le principe que la politique peut et est responsable de tout et qu’elle ne connaît pas de domaine interdit. C’est là dessus qu’il a su rassembler, y compris l’électorat du FN . En paraphrasant Marx, on pourrait résumer le crédo politique de Sarkozy par la formule suivante « Depuis 1983, La gauche et la droite n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe maintenant c'est de le transformer » En 2002, Jospin, le Parti socialiste, et avec eux toute la gauche plurielle, y compris le PCF, ont scellé leur défaite en tuant l’espoir politique collectif. En 2007, Sarkosy en centrant son discours sur « le mérité », « reconnaissance du travail » et n’en parlant presque plus de concurrence, a gagné en suscitant l’espoir de réussite individuelle.
Lors de la campagne des présidentielles alors que Nicolas Sarkozy, et son brain-trust, faisait de la politique et produisait de l’idéologie à vocation dominante, dans le même temps, Ségolène Royal ne faisait que de la communication et tout en consommant de l’idéologie dominante . Les « stratèges » de Ségolène Royal, comptant sur la force d’inertie que représente le poids électoral du PS, et sur « loi » qui veut que depuis 1981 chaque majorité parlementaire se fasse remercier, ont réduit sciemment la gauche à une simple posture morale. Ils cultivaient une radicalité anti-sarkozyste vide de sens qui n’était qu’un cache misère idéologique. Ce choix tactique n’a conduit à vider le vote de gauche de sens, permettant l’ascension électorale conjoncturelle de Bayrou et la réussite de la politique de débauchage de Sarkozy. Ainsi paradoxalement, le peuple français a porté à l’Elysée Nicolas Sarkozy, tout en se prononçant dans le même mouvement à 68% pour le SMIC à 1500 €, à 72% pour la hausse de l’impôt sur le revenu des plus hautes tranches, à 81% pour le remboursement des aides versées aux entreprises qui délocalisent, à 53% pour le remplacement de tous les fonctionnaires partant à la retraite. La société française n’a pas basculé à droite. Il n’y a pas eu de « lepénisation des esprits » .
Les grandes manœuvres de toute la gauche autour de la démocratie participative, de la 6e République, ont été vécues par les citoyens-électeurs comme un artifice, un abandon en raz campagne, une royale indifférence à leurs problèmes, une fumisterie d’une gauche sans projet, ni ambition pour son pays. « Rendre le pouvoir aux citoyens » a été au mieux compris comme un aveu d’impuissance, au pire comme un refus d’assumer ses responsabilités, voir une tentative perfide de remettre tout le pouvoir aux mains de la bobocratie. Dans le même mouvement, alors que la gauche démissionnait ou s’enfermait dans de pathétiques appels désincarnés aux valeurs progressistes, Nicolas Sarkozy proclamait « ensemble tout devient possible », François Bayrou déclarait la guerre (certes en parole) aux pouvoirs de l’argent. Le député UDF Lasalle, par une grève de la faim, en faisant plier une multinationale japonaise, empêchait une délocalisation, son collègue Lagarde instaurait les cantines scolaires gratuites alors que les communistes continuaient à vaticaner sur « gratuité or not gratuité ». C’est aussi, sur sa volonté d’assumer les pouvoirs qui lui seraient conférés, de gouverner et d’agir y compris dans le domaine de l’économie que les électeurs ont choisi Sarkozy. Le peuple exige des élus qu’ils exercent le pouvoir qui leurs a été délégué. Il ne veut pas d’une gouvernance à l’Anglo-saxonne, d’une action politique restreinte au sociétal ou au rôle d’ambulance sociale.
La gauche a perdu en 2007, comme en 2002 car elle s’est leurrée sur la nature de ce qu’elle appelait la « crise de la représentation politique » ou plus globalement de la « crise de la politique ». Toutes les organisations politiques de gauche, ont commis l’erreur de réduire « la crise de la politique » à la question des institutions. Certes la constitution de la 5e république, le quinquennat, la décentralisation, le fonctionnement de l’Union européenne participent à la défiance des citoyens envers l’action politique. Certes, le développement de la démocratie participative ou de l’implication citoyenne devient une condition nécessaire aux exigences démocratiques de notre temps, en particulier sur les lieux de travail. Mais la crise des institutions de la commune à l’ONU, ne fait que refléter et interagir sur le mouvement du capitalisme globalisé. Ce qui détournait les citoyens de l’action politique, ce ne sont pas les abus de pouvoirs réels ou supposés de la caste politico médiatique, mais son impuissance revendiquée , son incapacité assumée, son refus d’agir sur le réel. Les citoyens ne demandent pas à l’action politique d’être vertueuse, elle lui demande d’être efficace. C’est pourquoi, ils ont voté en masse aux présidentielles et qu’ils se sont abstenus aussi en masse lors des législatives. C’est pourquoi, ils récusent à chaque élection ceux qui revendiquent leur impuissance. Cela a concerne tous les partis politiques, y compris le PCF, lorsqu’il est incapable d’assumer pleinement sa participation au pouvoir local comme national.
De l’évolution du clivage droite Gauche /droite de 1962 à 2007 : de l’hégémonie à l’implosion
On aurait bien tort de réduire, « ouverture sarkozienne » à une simple manœuvre politicienne. Certes Sarkosy profite de circonstances favorables : l’affaiblissement idéologique du PS et l’effondrement électoral du FN. Mais cette ouverture est un choix stratégique structurant qui s’inscrit dans un phénomène politique majeur : l’implosion du clivage droite-gauche et la volatilité des électorats.
Petit retour en arrière historique. A partir de 1962 , il s’est organisé autour de quatre grandes forces une forme de clivage droite-gauche qui restera dominante et structurante jusqu’en 1984 : • Le PCF incarnant l’aile « révolutionnaire » de la gauche, • Un PS avec ses satellites radicaux, représentant la frange « réformiste » de la gauche. • Une droite démocrate-chrétienne, euro-libérale, centriste, atlantiste. (Lecanuet, Poher, Giscard, Pinay,..). • Une droite Gaulliste, souverainiste, jacobine, et colbertiste. L’extrême gauche et l’extrême droite n’existant que par un fort et violent activisme militant à l’intérieur d’une jeunesse essentiellement estudiantine, et à terme fournissant des cadres respectivement au PS et aux Partis de droite. De 1962 à 1981, la France ouvrière et populaire, identifiait assez naturellement le vote de gauche à la défense de ses intérêts. Le scrutin majoritaire à deux tours induisait un jeu d’alliances de seconds tours, sur fond d’opposition gauche/droite, entre le PCF et le PS d’une part, et entre les Gaullistes et les centristes d’autre part. L’électorat français se moula et se reconnut dans cet échiquier jusqu’aux élections européennes de 1984, lorsque Le Pen réussit à rassembler sur son nom 11% des suffrages exprimés.
Cet électorat Lepéniste, apparu ex nihilo mais durablement, regroupait aussi bien des électeurs de la droite traditionnelle qui se radicalisaient, que d’anciens électeurs de gauche issus des milieux populaires. On ne peut dissocier cet événement électoral du « tournant de la rigueur de mars 1983 » du gouvernement Mauroy, qui marqua la première capitulation politique de la gauche face au mouvement de globalisation capitaliste. L’émergence électorale de l’extrême droite créa indirectement un paysage politique terriblement malsain : Le FN était dans le même mouvement, le pire ennemie idéologique de la gauche et un allié électoral objectif contre la droite « républicaine ». Cette situation cynique contribua fortement à miner la crédibilité et la pertinence du clivage droite-gauche aux yeux de l’opinion.
Mais, plus que l’enracinement durable du FN dans la vie politique français, c’est la chute du mur de Berlin en 1989 et la déferlante libre échangiste qui la précéda et la suivit qui provoqua l’implosion du clivage droite gauche. Ces dix huit dernières années, sous la pression du développement accéléré des technologies de l’information, la globalisation financière, la libre de circulation des marchandises et des capitaux, la mise en concurrence de tous contre tous, sont devenues les lois d’Airain d’un capitalisme devenu maintenant réellement planétaire. Ce nouveau monde, a plongé nos concitoyens, des classes populaires et moyennes, dans une instabilité et insécurité sociale que la population française n’avait probablement pas du connaître depuis la guerre de Cent ans. Le choc et les effets déstabilisateur que représentent depuis 18 ans, le marché unique européen et l’ouverture économique grand angle de l’Union européenne à tous les vents du libre échange, peut se comparer au cataclysme qu’à vécu la Chine lors de l’ouverture forcée de son marché intérieur au XIXe siècle par les puissances coloniales après des millénaires de quasi-autarcie.
Pendant, ces dix huit années, le peuple français a été confronté à deux choix majeurs : faire la guerre ou la paix, abdiquer ou pas sa souveraineté économique et sociale face à une Union européenne ultra-libérale. Or que cela soit sur les quatre grands conflits post guerre froide (Koweït, Kosovo, Afghanistan, Irak), sur le Traité de Maastricht et le Traité Constitutionnel, le clivage droite-gauche s’est fracassé. Une majorité de citoyens votant traditionnellement soit à gauche, soit à droite s’est trouvée sur des enjeux cruciaux en conflit avec les choix politiques des partis sensés les représenter.
Certes, il persiste toujours un clivage droite-gauche fort sur les questions sociétales, où les prises de position des partis coïncident avec les opinions de leurs électeurs. Mais pour le reste, on assiste à l’implosion des électorats politiques ou plus exactement à une volatilité extrême de ceux-ci. Les dernières législatives sont l’illustration même de cette volatilité. Le premier tour laissait présager d’un raz-marée de députés de droite, or il a suffit d’une phrase malheureuse d’un ministre sur la TVA « sociale » pour que la tendance s’inverse en une semaine .
En raison de cette volatilité, je ne crois que l’on puisse encore parler d’électorat communiste, socialiste, écologiste ou même d’électorat de gauche ou de droite comme on le faisait auparavant. Qui sont les électeurs communistes par exemple à Calais lorsque le PCF fait 47,23% au premier tour des municipales, 8,62% aux présidentielles de 2002, 19,54% au régionale de 2004, 40,09% aux européennes et 4,5% au présidentielles de 2007, avec un NON atteignant 74,36%. On pourrait égrener des variations similaires (bien que de moindre amplitude) pour le PS, la gauche en général mais aussi la droite et le FN. Il y a toujours des électeurs mais existe-il toujours des électorats ?
Chaque citoyen est porteur de choix politiques contradictoires : un même salarié de PME, approuvera les déclarations de la droite sur les 35h, fustigera la TVA sociale avec le PCF, louera la suractivité de Sarkozy tout en faisant confiance à son député socialiste pour le défendre, restera client d’EDF tout en ayant souscrit des actions de cette entreprise, il sera partisan du mariage homosexuel et du droit de vote des résidants étrangers aux municipales tout en étant contre la régularisation de tous les sans papiers….
Cette cohabitation contradictoire qui ne peut s’intégrer dans la rigidité factice de l’actuel clivage droite-gauche, produit une demande forte de nouvelles cohérences idéologiques de la part de la société, donc une demande fébrile de recomposition politique. La stratégie d’ouverture de Sarkosy, ses discours et ses actes qui marient références de droite et clin d’œil à gauche, et où le colbertisme, le jacobinisme, le keynesisme voisinent avec l’ultra libéralisme, est une réponse réactionnaire à cette demande sociale de recomposition politique.
Quid du PCF ?
Les deux graphiques ci-dessus, rendent palpables une terrible réalité : Malgré des résistances locales ou conjoncturelles, le PCF est tendanciellement en danger de disparition. Ses électeurs sont biologiquement en voie d’extinction : depuis 1983 le taux d’intention de vote pour le PCF chez les 18-25 a constamment été en dessous de 3,5%, le noyau dur des électeurs communistes à plus de 65 ans avec un petit môle de résistance chez les 45-55 ans. La résilience électorale du PCF est proche de zéro.
Ni la supposée bipolarisation de la vie politique française induite par les institutions de la Ve République, ni la pratique du « vote utile », ne constituent les causes premières de l'extinction du PCF. Du point de vue de la démocratie, du pluralisme politique, la bipolarisation est certes chose condamnable, mais elle n’est pas un facteur explicatif de l’effondrement électoral du PCF. De 1958 à 1969, la bipolarisation s’est effectuée au bénéfice du PCF et au détriment de la SFIO . En Italie, la bipolarisation a permis au PCI, avant sa mue social-démocrate, de marginaliser totalement le PSI. Le « vote utile » a joué un rôle notoire dans la contre performance de Georges Marchais en 1981 . En 2002, le « vote utile » ne joue aucun rôle dans le désastre électoral des 3,37%. En 1988 et en 2007, Il n’est qu’un symptôme d’une marginalisation, d’un hors jeu électoral, mais pas la cause.
Les différents paliers de décrochages que constituent les années 1958, 1981, 1988, 2002, doivent être mis en parallèle avec les seuils de dégradations de la perception par la population française du « socialisme réel » et du communisme français du XXe siècle . Ces décrochages successifs marquent un décalage de plus en plus grand entre l’évolution de la société française et le corpus idéologique du Parti communiste français.
Certes, la direction du PCF dans les années soixante/soixante dix, prit, plus ou moins confusément conscience de ces risques décrochages. C’est pourquoi elle lança plusieurs initiatives stratégiques audacieuses et innovantes comme le Programme commun et l’Eurocommunisme. Malheureusement, ses tentatives de novations firent banqueroutes. Ces échecs permirent au PS d’assurer son hégémonie électorale sur la gauche et de faire apparaître aux français, le PCF, comme un parti incapable de se dégager du « modèle soviétique » et dont le poids à l’intérieur de la gauche devenait un obstacle à la conquête du pouvoir par celle-ci.
Certes, le PCF fit sa révolution copernicienne sur le féminisme, l’homosexualité, l’écologie les questions sociétales et culturelles. Mais ce fut souvent bien tard sans réellement apporter une plus-value communiste sur ces enjeux de civilisation.
Certes, le PCF finit par condamner le Stalinisme, par ne plus assimiler le marxisme à la vulgate dogmatique marxisme-léniniste, par rompre avec la notion de modèle. Mais cette saine entreprise de déconstruction déboucha sur un grand vide idéologique que cache mal le recourt aux formules rituelles et magiques de « transformation sociale » « visée communiste » « démocratie comme but et moyen » « le communisme, c’est le partage » « mutation »…. Si les militants comme les dirigeants du PCF sont intarissables pour dire ce que n’est pas ou plus le communisme. Ils sont, hors de la reprise de la formule de Marx définissant le communisme comme « le mouvement réel qui aboli l’état actuel » souvent bien incapable d’en dire plus . Depuis trente ans nous avons abandonné beaucoup de concepts comme on abandonne des chiens pour reprendre une formule polémique d'Althusser, alors que dans le même mouvement, nous avons repris beaucoup de thèmes et d’idées développés par d’autres sans faire le travail critique et créatif nécessaire. Ainsi, le réactionnaire « principe de précaution » a un beau matin était intégré à notre patrimoine politique sans la moindre discussion de fond.
Il n’en reste pas moins qu’en 2002-2007, le communisme apparaît pour la grande masse des français comme une utopie datée dont l’histoire du XXe siècle a scellé l’échec et qui est devenue étrangère au monde contemporain. Le communisme est considéré au mieux comme un élément du patrimoine historique française (le Front populaire, les brigades internationales, la résistance, les avancées économiques et sociales de la libération, les luttes anticoloniales, le communisme municipale des années 30 aux années 60), et au pire comme lié à un passé d’échecs criminels et sanglants (les purges staliniennes, la collectivisation forcée, la famine ukrainienne de 1932, le jdanovisme, Lyssenko, la négation de l’individu, écrasement de printemps de Prague, les khmers rouges, les boats people, le goulag, la Stasi, Berlin 1953, le refus du birth control dans les années 50,…).
Dans les années 90, le PCF a commis l’erreur de focaliser sa mutation sur sa culture d’organisation, se limitant à une remise en cause « d’une forme de parti communiste née avec le siècle et qui a vieilli avec lui », alors que l’enjeu majeur pour les communistes était et est toujours que leur Parti produise une critique politique du capitalisme contemporain et travaille à définir une perspective communiste d’aujourd’hui, claire, crédible.
Le PCF, et plus largement les communistes en France, ne sont confrontés, ni à un problème de stratégique, ni à un problème de forme d’organisation, et encore moins à un problème de communication ou de casting. Ou plus exactement, le PCF est confronté à tous ces problèmes justement parce qu’il a un problème avec le Communisme. Le PCF incarne aux yeux des français le Communisme de XXe siècle. Or le Communisme du XXe siècle est mort en 1989 avec le capitalisme du XXe siècle. Il ne reste donc plus au PCF que quatre perspectives possibles : • Agoniser au fil de l’érosion de ses dernières positions électorales, comme en son temps le fit le Parti radical. • Se diluer, sous couvert de transformation sociale dans les débris de l’extrême gauche obscurantiste en renonçant ainsi à l’ambition de participer à changer le monde. • Faire le Congrès de Tour à l’envers et devenir une tendance de gauche du PS (avec le PRS ?). • Inventer le communisme du XXIe siècle et l’incarner.
Les deux premières solutions équivalent à une forme d’euthanasie. La troisième solution ne peut se fonder que sur l’ambition de changer le PS de l’intérieur. Or, ce pari me paraît terriblement aléatoire et totalement étranger à la culture des militants communistes français. Un tel choix entraînerait fatalement une scission dans le Parti qui déboucherait sur la création d’un Parti communiste « maintenu ». De plus, à l’occasion de son prochain congrès, le PS peut fort bien éclater, victime de la crise identitaire qu’il traverse, ce qui impliquerait une recomposition majeure de toute la gauche. Si le PS venait effectivement à exploser, à mon sens, une union étroite avec en autre le PRS de Mélenchon, pourrait être envisagée mais seulement dans le cadre d’une confédération des organisations progressistes de gauche où le PCF continuerait à exister pleinement en tant que parti politique. Cependant, l’expérience espagnole a montré que ce type de construction ne constituait pas en soit une solution miracle.
C’est pourquoi, tout en créant les conditions d’un rassemblement de toutes les forces de gauche, y compris du PS, qui ne se reconnaissent ni dans le social libéralisme, ni dans les utopies mortifères de l’extrême gauche obscurantiste, le PCF doit faire de « invention » du communisme du XXIe siècle le fil rouge de son Congrès. « Inventer le communisme du XXIe siècle et l’incarner » doit devenir la principale raison sociale de l’organisation Parti communiste français.
Le problème de l’héritage du Communisme de XXe siècle ne se règlera pas par une simple substitution de mot. On peut toujours faire disparaître les mots, les mettre entre parenthèse, s’ils font obstacle au sens. La politique n’est pas de la magie, et on ne s’en tira pas en substituant au mot « communisme » la formule fourre tout de « transformation sociale ». Ce dont à besoin notre parti s’est d’un travail acharné, d’un travail de bénédictin en tant que collectif humain pas d’une vulgaire opération de communication qui finirait de nous tuer en rajoutant au pathétique le ridicule.
Il s’agit de répondre aux nouveaux défis que le capitalisme contemporain pose à l’humanité en général, aux peuples européens et au peuple français en particulier. Mais aussi aux nouvelles aspirations qu’il fait naître et aux nouvelles possibilités qu’il ouvre. Le communisme du XXIe siècle ne peut être bien sur une création ex nihilo, il s’appuie sur le fait qu'à partir du moment où les sociétés humaines se sont structurées et que la division du travail est apparue, les hommes se sont posés les questions du partage des richesses produites et de la contestation des aliénations et des exploitations. L’ordre social a toujours posé les termes de sa remise en cause radicale et de son dépassement. Ce socle philosophique du Communisme lui donne contradictoirement un caractère diachronique, presque intemporel. Le communisme au sens philosophique, se caractérise à la fois comme un rejet du fatalisme fruit d’un matérialisme déterministe, pour qui l’homme est condamné à l’impuissance, mais aussi rejet du volontarisme, fruit de l’idéalisme, pour qui les hommes pourraient réussir ce qu’ils désirent (ou ce qu’une infime minorité désire) sans tenir compte des conditions de temps et de lieu. Ce qui à notre époque se traduit politiquement tout autant par un refus de l’abdication social libéral et du « n’importe quoi » anti libéral. On le voit, il ne s’agit ni de valeurs, ni de courage, choses toutes éminemment respectables mais relevant du registre de la morale et non de la politique , mais « de révolutionner le monde existant, d’attaquer et de transformer l’état de chose qu’il a trouvé » . Cette citation de Marx pourrait certes être la boussole philosophique du Congrès du PCF, cependant, le cœur de notre tâche est de traduire en un objet politique contemporain cette conception philosophique, dans un contexte de crise identitaire généralisée de la gauche. Il s'agit, toute proportion gardée d’accomplir ce qu’avait fait Lénine en son temps, à partir de l’analyse critique du Capitalisme du début du XXe siècle, c'est à dire faire du communiste un projet politique efficient dans le contexte de la France et de l’Europe de 2007, et d'en tirer toutes les conséquences en termes de stratégies, de tactiques, d'organisations .
Capitalisme d'Aujourd'hui et Communisme du XXIe siècle
Le capitalisme dans lequel nous vivons a bien changé depuis 1989. Il n’est plus celui de la fin de la guerre froide, qui laissait présager une domination sans partage des Etats Unis au XXIe siècle. C’est à partir de cette hypothèse de "fin de l'Histoire" que les sociaux libéraux et les libéraux sociaux ont bâti leur projet européen, en particulier le traité de Maastricht, les missions et le statut de la BCE , la Stratégie de Lisbonne et cerise sur le gâteau le Traité constitutionnel. L’Union européenne se donnait pour principale ambition d’être le premier partenaire des Etats Unis, ou plutôt son premier valet de pied. Cette formidable erreur d'appréciation des dynamiques politiques, sociales et économiques qui travaillent notre planète, a plongé l'Union européenne et de sa sociale démocratie dans une crise inédite, débouchant sur une panne totale de projet.
Si les Etats Unis restent encore la première puissance technologique, industrielle et militaire du monde. Ils sont sur le déclin, incapables de réagir efficacement à la montée en puissance de la Chine, de l’Inde, au retour de la Russie et à la rébellion d’une bonne partie de l’Amérique latine. Englués en Irak et en Afghanistan, menant une guerre absurde « contre le terrorisme » , l'armée américaine malgré un budget considérable, et une fuite en avant vers l'ultra-sophistication technologique se révèle incapable de répondre aux ambitions de puissances des Etats Unis . L'Essentiel de la croissance économique américaine repose maintenant sur la fragile bulle immobilière.
Dans le même temps avec des taux de croissance dépassant les 10%, la Chine s'est élevée au rang de 3e puissance économique mondiale à l'égale de l'Allemagne. Pour le meilleur et le pire, la Chine est en train de devenir l'un des principaux partenaires économiques de l'Afrique au détriment de la France et des Etats Unis. La Chine détient maintenant plus d'un 1/3 des bons du trésor américains. Les réserves de changes de la Chine, en particulier en dollars, sont considérables. Elles se montent à plus de 1200 milliards de dollar . La chine vient de créer la Société d'investissement d'Etat (SIE), qui devrait rapidement devenir l'un des plus gros fonds d'investissement de la planète, si n'est le plus gros au monde. Ainsi, avec la puissance financière qu'elle a acquise, la Chine pointe en permanence un revolver sur la tempe de l'économie des Etats-Unis. Bien sur, si la chine venait à appuyer sur la détente, elle tuerait aussi sa propre économie. Les économies américaines et chinoises sont devenues profondément interdépendantes.
L'Inde à son tour s'éveille. Elle est en train devenir une puissance de premier plan dans les domaines d'informatique, de l'industrie du médicament, de l’automobile et des énergies renouvelables. Il y a fort à parier que dans les dix ans avenir, elle atteindra, voire elle dépassera le niveau des Etats Unis dans ces quatre secteurs stratégiques. L’industrie indienne est déjà en capacité de produire des automobiles de qualité à 1700 € pièce .
La Russie, en ayant reconquis la maîtrise de ses immenses ressources énergétiques, se retrouve à nouveau en situation d'endiguer les prétentions impérialistes américaines en Asie centrale. La Russie avec le concours de la Chine, bloque les diverses ambitions bellicistes des Etats Unis, en particulier contre l'Iran. .
L'OMC, le FMI et la Banque mondiale, les trois grandes organisations économico-financières dont les Etats Unis s'était doté, hors de l'ONU, pour contrôler l'économie mondiale, sont en crise profonde. A L'OMC, les positions des Etats-Unis ont été affaiblies au point que l'Amérique privilégie maintenant les accords bilatéraux après avoir été le chantre du multilatéralisme.
Les Etats Unis sont devenus incapables de s'opposer au mouvement d'émancipation de l'Amérique latine, alors qu'il y a encore quelques années, ils considéraient ce territoire comme leur arrière cours.
Nous ne sommes plus dans le monde des années 90, marqué par l'affrontement Nord/Sud et la domination sans partage des Etats Unis, le cycle de négociation de l'OMC dit de Doha a vu l’émergence au grand jour d’une nouvelle bourgeoisie internationale. Du Nord au Sud, d’Est en Ouest, cette grande bourgeoisie internationale, a la même sous culture, les mêmes codes, les mêmes valeurs. Elle a fréquenté les mêmes universités et grandes écoles. Elle parle et pense en "English business". Elle est formatée par la religion du libre échange, "de la destruction créatrice ", "de la création de valeur", elle ne connaît que son intérêt de classe. Elle pense globale et agi localement, elle n'a que faire des territoires du Nord comme du Sud et de ceux qui y habitent. Pour elle ce qui compte, ceux sont les flux : Flux de capitaux, flux de marchandises, flux de main d'œuvre.
Le PDG de Metal Steel n’est pas indien, Carlos Ghosn PDG de Renault-Nissan, n’est ni libanais, ni brésilien, ni français, Noël Forgeat l'ex PDG d’EADS n’est pas français, le Commissaire européen au Commerce international Peter Mandelson n’est pas anglais. Ces hommes et ces femmes appartiennent avant tout à leur classe sociale : La bourgeoisie internationale. Ils défendront les intérêts de leurs actionnaires contre leur peuple, contre tous les peuples. Il ne s’émouvront pas que le gouvernement français aille empoisonner des milliers de travailleurs indiens avec le Clémenceau, mais ils hurleront contre la moindre contestation du bien fondé d’une délocalisation, contre la moindre remise en cause de la liberté de circulation des capitaux. Ils ne jurent que par l'expression "compétitivité mondiale", c'est à dire dans le cadre d'un marché de travail toujours plus mondialisé, grâce aux technologies informationnelles, aux faibles coûts des transports maritimes et routiers, la capacité à toujours plus tirer les salaires vers le bas. Cette nouvelle grande bourgeoisie d’affaires a su dépasser les rivalités nationales pour accroître la rentabilité du capital en généralisant l’insécurité sociale. Sa force vient de sa capacité à faire exploser de manière exponentielle les inégalités, à diviser les peuples au travers de querelles ethniques, religieuses, culturelles…Leur domination a un coût social, humain et économique gigantesque.
Ainsi, le Brésil dépense 10,6% de son PIB à lutter contre une délinquance qui tire son origine des inégalités sociales qui taraudent la société brésilienne. En Union européenne, le coût indirect de l’insécurité sociale, dépressions, maladies physiologique du ou provoqué par le stress, suicides est évalué à plus de 3,7% du PIB , soit bien plus que ce que les nations européenne dépense pour l’éducation ou la recherche.
Mais, par sa réussite même, cette nouvelle bourgeoisie se fragilise. Elle se coupe de ces différentes bases nationales, en organisant la concurrence à outrance non pas entre les entreprises, mais entre les choix politiques et sociaux des différents peuples de la planète. Elle se brouille de faite avec ce qui était jusqu'ici son allié objectif : les classes moyennes en particulier dans ses couches supérieures. Ainsi aux Etats Unis, le rapport entre les revenus de la haute bourgeoise d'affaire et la classe moyenne est passé de 1 à 35 dans les années 1970, à 1 à 378 en 2006. La France et les autres pays de l'Union européenne suivent la même pente. Les cadres supérieurs, se voient de plus en plus éloigner des véritables lieux de décisions stratégiques. Ils sont régulièrement soumis à la pression de cabinet d'audit et de conseils extérieurs à l'entreprise. Ils deviennent à leur tour une variable d'ajustement de l'entreprise comme les autres salariés, ce qui tend fortement à refroidir leur patriotisme d'entreprise. Les cadres supérieurs et les ingénieurs de hauts niveaux, chinois, indiens, brésiliens,…deviennent des concurrents de moins en moins virtuels tout en étant très bon marché. Politiquement, les cadres supérieurs français renâclent à être les porteurs urbi et orbi du message de la mondialisation capitaliste heureuse, l'évolution de leur vote entre le référendum de Maastricht et celui du traité constitutionnel en porte témoignage.
L'essor de cette grande bourgeoisie internationale se conjugue avec une mutation de la nature et du fonctionnement des grands groupes industriels et financiers. Désormais, ils ne se vivent plus comme des entreprises françaises, anglaises, allemandes, italiennes, …ou même américaines ou européennes mais des conglomérats mondiaux à l’unique solde de leurs actionnaires. Nelly Kroes , commissaire européenne à la concurrence ne déclarait elle pas que l’Union européenne, « n’avait pas besoin de champion européen mais de champions mondiaux » ?
Désormais, ces groupes se structurent plus autour de périmètres territoriaux stables d’implantation de leurs moyens de productions et de leurs salariés. Ils s'organisent en réseaux centrés autour de choix stratégiques évolutifs. Ils ne raisonnent qu’en termes de flux : flux de capitaux, de produits, de communications, de salariés, d’aides publiques, de recherche & développement, des sous-traitants….
A ce titre, EADS et l’Airbus avec son plan de restructuration Power 8 est emblématique de cette « déterritorialisation » des groupes industriels et financiers. Les problèmes de production rencontrés par l’A380 n’ont été qu’un prétexte, car la situation de trésorerie d’Airbus est excellente et son carnet de commande plein à craquer pour plus de six ans. Power 8 ne répond ni au problème que constitue l’Euro fort, ni aux difficultés de lancement de l’A350 XWB. L’objectif de Power 8 est de faire subir une mutation à Airbus. Cette entreprise fruit de la coopération du meilleur des cultures aéronautiques françaises, allemandes, espagnoles et anglaises, est sommée, sous couvert de label européen, de devenir artificiellement un groupe dont le cahier des charges ne serait plus de concevoir, de produire des avions en Allemagne, en Angleterre, en Espagne et en France, mais de vendre ou de louer des avions au plus juste coût et au meilleur rapport possible pour les actionnaires de l’entreprise. Peu importe que désormais les études soient effectuées en Russie ou en Israël, que l’assemblage s’opère en Chine ou en Inde, que la sous-traitance s’installe massivement en zone dollar. Il est significatif que Power 8, vise à supprimer plus 10% des effectifs du bureau d’étude central d’Airbus à Toulouse, gèle les embauches en CDI alors que dans les 10 ans à venir prés de 40% des effectifs les plus qualifiés de l’industrie aérospatiale française vont partir à la retraite. La mise en vente de six des plus performants des sites de productions d'Airbus concourent à la même logique.
Le capitalisme contemporain a su faire sienne les questions de « développement durable », de «responsabilité sociale des entreprises », de « commerce équitable », de « changement climatique ».
D’abord parce que cela recoupe des problèmes réels avec lesquels le capital doit composer. Ainsi, sauf découvertes majeures de nouveaux gisements pétrolifères et gaziers, la demande en pétrole et en gaz sera supérieure à l’offre possible à l’horizon 2012-2017.
Ces problématiques sont aussi devenues des sources de profits colossales pour certains groupes (Véolia, Suez, Exxon, Bouygues, Vinci, SNCF, Areva, Danone…), des arguments commerciaux pour faire la différence avec la concurrence, et un moyen de calmer ou de dévoyer la contestation sociale par des arguments malthusianismes, obscurantistes et réactionnaires . Ces questions servent aussi d'outils de guerre économique, pour torpiller tels ou tels concurrent aux travers de campagne de communication d’ONG soit disant indépendante comme Greenpeace, mercenaire de toutes les « combats écologiques » des multinationales anglo-saxonnes contre leurs concurrents.
A partir du concept anglo-saxon de gouvernance, le capitalisme tente de dépolitiser ces problématiques en les réduisant à des affaires de justice commerciale, de « consensus », résolvable via l’OMC et la sanction du marché : d’où l’organisation en autre d’un marché du CO2. Le marché par sa "main invisible" fournirait la solution à tous les problèmes pour peu qu'on le laisse agir sans entrave. Si on faisait de l’énergie une marchandise comme une autre, en la soumettant exclusivement au marché, on découragerait le gaspillage, on poussera à l’innovation en matière d’énergies renouvelables , idem pour l'eau. On sait à quelle catastrophe a conduit l'application pratique de ce type de théorie en Californie au début des années 2000 .. La flambée des prix du marché du pétrole, a entraîné une ruée vers les cultures permettant de produire des biocarburants ce qui a pour effet d’engendrer une forte tension sur tous les prix agricoles.
Ainsi au XXIe siècle, les entreprises, d'après leur communication, n’ont plus d’activités économiques mais font du « développement durable » dans le cadre de « leur responsabilité sociale » en pratiquant le « commerce équitable ». Les militaires ne font plus la guerre mais des « opérations humanitaires ». Décidément le Candide de Voltaire n’est pas mort.
C’est pourquoi, si le PCF veut être crédible sur une visée communiste pour le XXIe siècle, un travail de fond critique et analytique est nécessaire sur les réalités que recoupent des concepts comme le « développement durable », le « commerce équitable », la « lutte contre les changements climatiques ». On ne peut les intégrer à notre corpus politique sans devoir d’inventaire et sans apport de plus value de notre part.
Devant à l’ampleur et la vitesse de la globalisation, que peut faire un petit peuple de 60 millions de citoyens, noyé dans l’Union européenne, face aux grands groupes transnationaux et aux géants démographiques et économiques que sont les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie, le Japon, et demain la Turquie, le Mexique, le Pakistan ? Enormément, parce que le capitalisme d'aujourd'hui, malgré son caractère extraterritorial, est basé sur les flux d’échanges et les réseaux. Il est très vulnérable du fait de l’interconnexion de toutes les zones économiques. Un battement d’aile d’un papillon sur un des nœuds locaux stratégiques du système peut déclencher d’un bout à l’autre bout de la planète, une catastrophe financière et économique. Or la France est un nœud stratégique financier, mais aussi de transports (le rail d’Ouessant, les liens trans-Manche et transeuropéens), de télécommunications et de productions de technologies de pointe. Cela, peut constituer entre les mains d’un peuple souverain et déterminé, un formidable moyen d’établir un rapport de force favorable face à la puissance du capitalisme international. Mesurons que la médiatisation de la simple grève de la faim d’un obscur député UDF a pu faire plier une multinationale japonaise. En effet, si le député était mort cela aurait eu des répercussions considérables sur l’image de marque de l’entreprise, et donc sur ses ventes, sa cotation en bourse,...
Les réactions de panique de Danone après l’appel aux boycottes de ses produits, lançait par Jacky Hénin lors de la fermeture l’Usine LU de Calais, montre la fragilité de ces géants du capitalisme actuel aux armes de la guerre informationnelle. Pourquoi, au lieu de demander en vain l’interdiction des licenciements boursiers, le PCF avec les partis communistes ou progressistes d’Europe, ne publie-t-il pas, régulièrement y compris sur Internet, un argus sorte de livre noir de l’irresponsabilité sociale des entreprises avec un appel international à un boycott ciblé des produits et des marques concernées.
En effet, si la fusion et le développement des technologies de l’informatique et des télécommunications, on permit la globalisation financière et industrielle que nous vivons. La révolution informationnelle qu’a suscité l’usage massif de ces technologiques pose les bases matérielles d’une contestation radicale des rapports de production et de propriété capitaliste. Les coûts de duplication et de communication d'une information deviennent de plus en plus marginales, et contrairement à l’échange de marchandises manufacturées ou agricoles, fournir une information à un tiers n’implique pas d’en être dépossédée. La part des coûts de recherche & développement, de formation, et de création liée à l’informationnelle explose dans la production des richesses. Nous sommes dans le cas où "à une étape de leur développement les forces productives entrent en conflit avec les rapports de production existants (...) De forme de développement des forces productives qu'ils étaient jusqu'alors, ces rapports de propriété se transforment en obstacles » .
D’un côté le capitalisme tire de plus en plus de profit des industries culturelles (cinéma, musique, éditions…) mais le modèle économique de ces industries est menacé par la pratique populaire et générale du « piratage ». Dans le même mouvement, Microsoft et les autres géants du logiciel propriétaire voient leur domination remise en cause par les logiciels libres basés sur développement coopératif. Wikipédia et les autres encyclopédies participatives sont en train de ravaler l’Encyclopédie Universalis au rang d’objet de musée. L’Inde et le Brésil, avec leurs industries du générique, font reculer l’ignoble monopole des multinationales des médicaments via leurs brevets. De plus en plus la contrefaçon, la question des brevets et de leurs champs d’applications, des droits d'auteurs déstabilisent le fonctionnement même du commerce international.
Le capitalisme est devant une contradiction de fond : Les principales sources de profits futurs viendront des industries de la connaissance, du savoir et de la culture, via les licences, les brevets et les royalties. Mais cette privatisation de la connaissance, du savoir et de la culture, va à rebours de ce qui permet son développement : le libre échange coopératif de l’information et sa mutualisation. Fonder le communisme de XXIe siècle n'implique-t-il pas de mettre au cœur du débat politique ces contradictions engendrées par la révolution informationnelle, car elles posent de manière directe, radicale, et concrètement la question d’une société fondée sur la libre association des producteurs où le salariat serait aboli ? C’est à dire la question du Communisme.
Ainsi les contradictions du capitalisme mondialisé posent, de manière brutale et synchrone, les questions essentielles de la Démocratie, des pouvoirs, de l’accès au savoir, des rapports entre liberté et égalité, entre individu et collectif. Ces contradictions portent en elles, les bases matérielles de la contestation radicale et du dépassement du capitalisme. Le défi qui est lancé à la visée communiste du XXI siècle est, que l’épanouissement individuel rejoigne le « tous ensemble », le désir de compréhension et de partage, et que l’égalité dans la différence se conjugue avec la liberté. C’est une question cruciale pour l’avenir de notre société.
La question fondamentale qui se pose au Parti communiste français, c’est d’être l’organisation qui crée le cadre permettant à la société française de relever ce défi et donc de bâtir une véritable alternative politique de rupture avec le capitalisme. Un tel cadre implique un projet cohérent et crédible, une construction et une stratégie politique à vocation majoritaire et des femmes et des hommes pour l’incarner.
Le PCF et l'Union européenne
Illustrons cette vision du rôle du PCF à partir de la question européenne. S’il est bien-sur nécessaire pour des raisons de démocratie de demander un référendum sur le futur « mini traité Sarkozy », le PCF ne peut, ni doit s’en tenir là.
Il faut qu’il ouvre en grand le débat sur l’identité et l’avenir de l’Union européenne. En effet, nos concitoyens, comme l’ensemble des citoyens des nations européennes peuvent légitimement s’interroger sur ce que leur apporte l’existence de l’Union européenne. Mal protégés par leurs Etats nations des menaces de la globalisation financière, ils sont confrontés à une Union européenne, qui via son bras séculier que constitue la Commission européenne, n’a de cesse de casser leurs protections sociales et de démanteler leurs services publics.
Disons le tout net, hors quelques lieux communs sur la paix, la justice et les droit de l’Homme, il n’y a plus de projet politique européen, il existe seulement une vaste zone de libre échange appelée Union européenne avec une gouvernance économique. L’Union européenne prétend se fonder son identité sur « quatre libertés » : liberté de circulation des capitaux, liberté de circulation des marchandises, liberté d’établissement (en fait de délocaliser), liberté de circulation des Hommes. Mais cette dernière est bien factice dans un espace territorial où vingt deux langues sont parlées. En fait cette pseudo liberté de circulation des Hommes ne profite qu’aux travailleurs les moins qualifiés car ils n’ont besoin que rudiment de la langue nationale du pays d’accueil pour effectuer leurs tâches et aux cadres dirigeants supérieurs qui ne communiquent entre eux qu’en anglais même parfois dans leurs propres pays d’origine .
Ainsi les classes moyennes qui avaient cru avec la foi du charbonnier au rêve européen, sont maintenant menacées directement de paupérisation par les choix économiques et sociaux opérés par l'Union européenne. C'est par l'apport de leurs votes et de leurs hégémonies culturelles que le NON au Traité constitutionnel a pu être majoritaire en France et en Hollande. Elles constituaient jusqu'ici le socle électoral des partis sociaux démocrates. Conscientes des menaces qui pèsent sur leur avenir, elles sont en situation de jouer un rôle révolutionnaire. C'est pourquoi en France, il est décisif que le PCF s'adresse à elles , pour être capable d'incarner leurs potentiels révolutionnaires.
Seul l’Agenda de Lisbonne fait figure de stratégie européenne en faisant miroiter aux peuples européens l’Eden de la société de la Connaissance. Par le miracle de l’acquisition d’avantages compétitifs sur le reste du monde l’Union européenne, deviendrait la zone leader en matière de services et d’industries à forte ajoutée, dans le cadre d’une vaste zone de libre transatlantique. Il s’agit en fait de me mener une guerre économique planétaire pour réserver à l’Union européenne, au Japon et aux Etats-Unis, le monopole des industries et des services à forte valeur ajoutée. Mais, ni la Chine, ni l’Inde, ni la Russie, ni le Brésil ne comptent se laisser enfermer dans le rôle de l’atelier ou de la société de service à faible valeur ajoutée du monde. Ces pays forment chaque année des centaines de milliers d’ingénieurs et de chercheurs de niveau comparable ou supérieur à leurs homologues européens. Ils développent d’importants centres de recherche, ils ont des ambitions fortes dans les secteurs de l’aéronautique, de l’informatique, de l’énergie, de l’automobile, des nouveaux matériaux, de la pharmacie….
Mais surtout, la réalisation des objectifs de la Stratégie de Lisbonne se heurte aux logiques libérales impulsées par la Commission européenne et la BCE, avec pour conséquence le sous investissement dans la recherche publique, dans la formation, la désindustrialisation y compris dans des secteurs de haute technologie. Le cas GALILEO est de ce point de vue emblématique. Dix sept ans après la naissance du GPS américain, l'Union européenne est toujours incapable d'être indépendante sur le créneau stratégique du positionnement géographique. L'unique cause du Waterloo industriel que représente l'état actuel du programme GALILEO, réside dans sa gestion, selon les méthodes de l'économie libérale, par la Commission européenne.
L’actuelle Europe des 27, avec son système monétaire à deux vitesses, et sa mise en concurrences des choix fiscaux, sociaux, et économiques de chaque nation, est mortifère pour ses peuples. Il existe une véritable concurrence « libre et non faussée » entre les gouvernements de droite ou « socialiste » pour déréglementer et casser les services publics : Le gouvernement socialiste portugais décide de briser le statut de sa fonction publique , Prodi en Italie libéralise le secteur de la pharmacie, des taxis et repousse l’âge de la retraite, la Suède supprime l’ISF, l’Allemagne porte l’âge de la retraite à 67 ans et privatise partiellement sa compagnie de chemin de fer, la Tchéquie limite drastiquement le remboursement de soins médicaux et instaure une flat tax, et notre « grand » président forge un bouclier fiscal au profit des plus riches….Les différents gouvernements européens se livrent une véritable compétition sur le terrain du moins disant social et de l'accroissement des l’inégalités.
Les tensions sont si fortes entre nations européennes, sur l’Euro, le déficit budgétaire, les enjeux industriels, l’agriculture, les rapports avec la Russie, les pays méditerranéens, les Etats Unis, que tout laisse présager que nous allons une crise politique et économique majeure de l’Union européenne, avec un affrontement franco-allemand extrêmement voilent.
Si rien n’est fait, dans les dix ans à venir « l’Union européenne va devenir un parc touristique géant pour riches touristes californiens, chinois et russes » comme le prédisait méchamment Condoleezza Rice en 2003.
C'est pourquoi bâtir la visée communiste du XXIe siècle, cela implique aussi pour le PCF d'être à l'initiative avec toutes les forces progressistes du continent, d'un grand projet pour l'Europe pour garantir dans les sept ans qui viennent que :
• Chaque citoyen d'Europe à qualification ou à situation sociale égale, aura un niveau de vie équivalent. • Tous les citoyens d'Europe auront les mêmes droits en matière de santé, de retraite, de logement, d'accès à l'éducation et à la formation, et aux services publics de l'énergie, de l'eau, de la poste et du transport. • Chaque salarié pourra bénéficier d'un système de sécurité emploi formation permettant de dépasser le marché du travail à l'échelle de l'Union européenne.
La BCE, les Banques centrales nationales et la Banque européenne d'Investissement (BEI) seraient mobilisées afin d'impulser une politique d'investissement sur sept ans, permettant aux nouveaux Etats membre de l'Union européenne de rattraper les autres pays en matière d'infrastructures, de productions d'énergie, de réseaux (eaux, routes, télécommunication, énergie,…), de recherches et développement, de protection de l'environnement, de sauvegarde du patrimoine culturel et de services publics. Des groupements d'intérêts économiques (GIE), réussissant entreprises publiques et privées, seraient constitués à l'échelle de l'Union européenne pour coordonner et mutualiser dans un cadre coopératif, la recherche & développement et les grands investissements en matière d'énergie, de gestion des eaux, de transport ferroviaire, de traitements des déchets et de télécommunication. La politique de la BCE et des banques centrales, sous contrôle du Conseil de l'Union européenne, du Parlement européen et des parlements nationaux, serait réorientée vers le soutien à l'emploi, à la recherche et au développement industriel.
Pour garantir la paix sur le continent, une véritable Europe de la défense, fondée sur la dissolution de l'Otan et l'indépendance vis à vis des Etats Unis, en particulier en matière de programme d'armements et de systèmes d'informations et de positionnements géographiques, serait mise en place. En parallèle une protection civile européenne aérienne et navale serait organisée, avec comme objectif de protéger l'espace maritime européen des pollutions et le patrimoine forestier des incendies.
Ce projet se conjuguerait avec une démarche velléitaire pour que la Suisse et la Norvège rejoigne l’Union européenne.
Engager la discussion sur un tel projet européen demande que notre Parti prenne à bras le corps la question de la forme politique de l’Union européenne. C’est à dire savoir, si l'Union européenne doit être une confédération de peuples souverains ou un Etat fédérale. Pour des raisons d'expériences historiques, je suis partisan d’un système confédéral. Car, toutes les fédérations ont résolu les contradictions économiques entre leurs territoires par la guerre : Guerre de sécession aux Etats-Unis entre le Nord industriel et le Sud agricole, guerre d’unification en Allemagne….
La question du Parti.
Le futur Congrès du PCF se doit de porter essentiellement sur la question du Communiste du XXI siècle. De là, en rapport avec la société tel qu'elle est, se déduira le type et la forme d'organisation dont les communistes ont besoin pour bâtir, faire vivre, partager, populariser et mettre en oeuvre leur projet. Il n'en reste pas moins que certaines questions organisationnelles sont à aborder.
D'abord la forme parti. Cette forme d'organisation reste-t-elle pertinente au XXIe siècle pour porter un projet et conquérir le pouvoir pour le mettre en oeuvre ? Sarkozy et Royal ont tranché pour nous cette question. L'un a commencé par conquérir le parti. Il en à fait une grande force populaire . Il a gagné. L'autre a joué ouvertement contre son propre parti en tentant de le marginaliser avec ses comités "désir d'avenir" . Elle a fait de cette stratégie, l'un de ses principaux arguments de campagne et elle a perdu.
Si la question de la forme parti est réglée, il ne faut pas moins constater que le modèle de fonctionnement, d'organisation, de militantisme et de rapport aux masses dont le PCF était devenu l’archétype à partir des années trente, et que tous les autres partis ont essayé d'imiter peu ou prou, n'est plus dominant. L’UMP et le PS ont développé d’autres pratiques militantes efficaces qui méritent analyse. Le PCF a un devoir d’audit, sur l’efficacité de ces méthodes militantes et du fonctionnement global de son organisation.
Faut-il, encore organiser des grands meetings comme Bercy qui demandent un effort militant et financier considérable pour semble-t-il un résultat politique et médiatique faible ? Ne faut-il pas concevoir d’une toute autre manière ce genre d’événement et nos campagnes politiques et électorales en général ? Ne sommes-nous pas désespérément prévisible quand nous nous exprimons, incapable de surprendre et renvoyant malgré nous une image convenue ? Il nous faut apprendre à nous transgresser et à transgresser le système.
Le drame des communistes français est d’avoir toujours considéré que les alliances électorales relevaient du niveau stratégique et non du niveau tactique. Ce qui a encouragé la propension d’une partie des communistes à être fascinée soit par l’extrême gauche mouvementiste, soit par les socialistes, au lieu d’être nous même. Ainsi après avoir loué les vertus du gouvernement Mauroy qui avait paraît-il « un bilan supérieur à celui du Front populaire » , et celle de la gauche plurielle , nous avons trouvé 2004 les mêmes accents pour inclure en Ile-de-France sur nos listes, aux régionales et aux européennes des "personnalités" de l'extrême gauche mouvementiste, qui se sont empressés de se servir des positions électives, des emplois et autres prébendes que nous leurs avions généreusement octroyés pour monter une machine de guerre en janvier 2007 donc l'unique raison sociale était d'assassiner perfidement le PCF et de nuire à la candidature aux présidentielles de Marie George Buffet.
C'est pourquoi, au lieu de vouloir parer à tout prix nos alliés d'aujourd’hui de toutes les qualités pour mieux les haïre demain, traitons les questions d'alliances électorales et de gestions pour ce qu'elles sont, c'est à dire un moment tactique de l'action politique du PCF. Si comme le disait Lénine la Révolution n'est pas un dîner de gala, il en est de même des élections et de la constitution des majorités de gestions. Arrêtons là dessus de jouer les tartuffes et de prendre les citoyens électeurs pour des imbéciles .
Donc assumons ce que doit présider à la formation d'une alliance : C'est à dire, compte tenu des lois électorale en vigueur et du rapport de force existant, quelle est à l’instant t la meilleure alliance qui peut favoriser la réussite de nos objectifs politiques, à court, moyen et long terme ? Ni plus, Ni moins nous sommes engagés dans un combat politique sans merci et il ne s’agit pas de jouer au chevalier Bayard.
Certain crierons au cynisme, mais le véritable cynisme consiste à raconter des contes de fée aux militants. Nous l'avons fait avec Mitterrand de 1971 à 1976, concernant les gouvernements auxquels nous avons participé en 1981 et en 1997, et pour nos "amis" antilibéraux, et nous l'avons payé au prix maximum dans le Parti et hors du Parti. Personnellement, je ne suis pas devenu membre du PCF en raison de sa capacité à passer des alliances avec Pierre, Paul ou Jacques, ni par héritage familial, mais par adhésion aux positions politiques qu'il défendait. C'est pourquoi, je considère que les alliances ne relèvent que du registre des moyens pour traduire en acte dans les sociétés françaises et européennes, les orientations politiques du PCF.
Lors du Front populaire, l'alliance électorale avec la SFIO et le Parti radical, se justifiait par leurs influences respectives dans la Classe ouvrière et dans la paysannerie. Dans les années soixante, soixante dix, avec la généralisation du scrutin majoritaire à deux tours à tous les types élections, l'alliance avec un PS qui se revendiquait à l’époque officiellement de la rupture avec le capitalisme (SIC), était un point de passage obligé pour la conquête sur la droite du pourvoir local comme national.
La situation est nettement plus complexe aujourd'hui, à la fois en raison de notre effondrement électoral, mais aussi à cause du paysage politique à gauche.
En effet, le PS, en crise identitaire profonde, se partage entre une majorité qui réduit le concept de gauche à être ce qui remplace la droite au pouvoir lorsque celle-ci à la courtoisie de perdre les élections et qui fait logiquement les yeux doux au Modem, et la minorité Fabusienne qui s'ancre sur un réel positionnement à gauche mais qui fait le parie du bipartisme et qui, dans ce cadre compte, sur la mort du PCF pour renforcer ses positions électives. Seul, le PRS de Mélenchon parait être un allié possible et conséquent pour le PCF, mais que pèse-t-il réellement dans et hors du PS?
Avec les verts, on a plus affaire à une mosaïque de personnalités allant du l'extrême gauche au Modem en passant par les libéraux libertaires, qu'à un parti représentatif d'un électorat écologiste.
A l'extrême gauche, seule la LCR a su sortir du néant électoral et idéologique, mais la résilience de son capital électoral tient à sa capacité à ne passer aucune alliance en général et en particulier avec le PCF, pour rester « 100% à gauche » (sic).
Mode de scrutin oblige, des alliances multiformes seront évidement nécessaires lors des municipales et des cantonales de mars 2008, mais, je ne pense pas que le PCF puisse sortir du gouffre, par une politique d'alliances aussi judicieuse soit telle. Je crois qu'il faut nous inspirer de la stratégie de Galilée lorsqu'il se trouva isoler de la communauté scientifique de son temps par l'Eglise. Il déborda l'Eglise en publiant ses thèses en italien (au lieu du latin, la langue scientifique de l'époque) afin de les populariser, de les rendre incontournable et accessible au plus grand nombre pour qu'elles deviennent hégémoniques . C'est pourquoi, je pense que la gauche a besoin d'une refondation, impulsée par le PCF entre autre, avant une nécessaire recomposition.
Pour clore sur ce chapitre, Il me semble plus que nécessaire que nous mettions un peu de cohérence dans nos règles de désignation de nos candidats à la représentation nationale (Sénat, Assemblée nationale, Parlement européen). Ainsi le choix des candidats aux sénatoriales est l'affaire des Conseils départementaux, pour les députés nationaux c'est l'apanage exclusif des communistes de la circonscription électorale et pour les parlementaires européens c'est le CN. Comme dans les trois cas, il s'agit de la représentation nationale du Peuple français, il serait cohérent politiquement que le CN ait plus que son mot à dire dans la désignation des candidats sénateurs et députés. La situation actuelle encourage la balkanisation du parti et le règne des fiefs et des baronnies.
A propos de la question des tendances
Sur la question de l’existence de tendances, de sensibilités, dans notre Parti et de leur reconnaissance effective, je crois qu’il est d’abord nécessaire de revisiter l’Histoire du mouvement communiste. Notre Parti, bien qu’héritier de la culture du mouvement ouvrier français du XIXe siècle, a marqué son acte de naissance à Tour en calquant ses règles de vie sur celle du Parti Bolchevique de Lénine. Celui-ci avait conçu une organisation qui fonctionnait avec des tendances et mais dont l’unité d’action était garantie par le principe du Centralisme démocratique.
Lors de son Xe Congrès en mars 1921, le PC(b)R décida pour « préserver l’unité du Parti » de suspendre provisoirement le droit de tendances et de fractions. Cette suspension de provisoire avec Lénine , devint sine die avec Staline, et fut appliquée à l’ensemble des partis communistes membres de l’Internationale, y compris donc au PCF. Or le centralisme démocratique sans tendance conduisit fatalement à la caporalisation de tous les partis communistes. Le tout étant scandé par un sinistre cortège de purges, d’exclusions, de silences pesants et de départ sur la pointe des pieds.
Depuis décembre 1993, le PCF a officiellement abandonné la règle du Centralisme démocratique, et reconnaît en son sein de manières tacites l’existence de tendances ou de proto-tendances. La plus cohérente idéologiquement, la plus ancienne et la plus structurée est celle des rénovateurs. Mais, il en existe bien d’autres : l’ANR, la Gauche communiste, le brain trust de Pierre Blotin, les différentes clubs néo-Huistes, les amis d’André Gerin, la mouvance de Maxime Gremetz, …avec des camarades qui naviguent entre ces différents groupes, et une majorité d’adhérents du Parti qui ne se reconnaît, ni se retrouve dans ces « sensibilités » plus ou moins organisées.
Le centralisme démocratique a disparu sans être véritablement remplacé par d’autres règles de vie. Mais un certain instinct grégaire et conservateur en faveur de la direction quel qu'elle soit mais aussi à l’intérieur des tendances, cohabite avec une pratique où chacun ne reconnaît et n’applique que les décisions de Congrès ou de la direction du Parti, qui lui plait. Les décisions prises « collectivement » ne connaissent ainsi jamais réellement l’épreuve de la mise en pratique. Car, chacun expérimente sa propre orientation, ou se retire sous sa tente. Résultat, chacun continue à agir selon ses convictions en pensant que si tout le monde les avait suivis, cela « aurait marché ». En dehors d’une pratique collective, plus rien ne devient démontrable ou réfutable. Le lien critique entre discussion, pratique, retour d’expériences est rompu.
Si chaque tendance ou proto-tendance applique sa propre orientation à l’issue des Congrès, des conférences nationales et autres CN, la discussion devient gratuite, simples joutes oratoires n’engageant personne à rien. La démocratie dépérie alors aussi sûrement que si elle était victime d’un centralisme uniformisateur.
Il me semble utile d’en finir avec l’hypocrisie ou l’aveuglement qui consiste à nier l’existence des tendances, des sensibilités, des courants. Il faut les reconnaître et leur donner droit de cité, mais sans en faire un passage obligé pour les adhérents, ni sur-valoriser leurs paroles. Après tout quoi de plus normal, que de se retrouver à plusieurs pour réfléchir et travailler. Les tendances doivent servir à stimuler de la confrontation d’idées, et le travail collectif et créatif dans le Parti. Mais, il faut combattre tout comportement clanique ou grégaire dans le Parti.
La reconnaissance des tendances doit être assortie d’un engagement à l’unité d’action autour des décisions prises, une fois que les débats ont été tranchés soit par un vote du Congrès, du CN ou des communistes. Lorsqu’une question importante est tranchée par décision majoritaire, il est incontournable qu’elle devienne le bien collectif de tout le Parti. Sinon, ce n’est plus un parti politique mais une collocation où chacun à partir de son pouvoir de nuisance se partage prébendes, pouvoirs, moyens, argents.
Le vrai problème des tendances est qu’elles risquent se transformer en des mini-partis dans le Parti. Or une des fonctions propres à un parti révolutionnaire et qui justifie théoriquement l’existence de la forme parti, est de protéger sa démocratie interne des pressions de l’idéologie dominante qu’elle entend combattre . La vie démocratie du Parti, doit de garantir à tous ses membres, malgré et à cause des inégalités sociales, l’égalité dans la possibilité de s’exprimer, de peser dans les débats et les prises de décisions, d’accéder à des responsabilités au sein du Parti. L’un des éléments décisifs de cette garantie réside dans l’effort de formation et d’information de tous les adhérents.
L’Exécutif national est composé de ceux que la ou le secrétaire national-e considère comme nécessaire au bon fonctionnement du Parti, aux quels s’ajoutent ses fidèles lieutenants, les représentants des tendances les plus influentes, une pincée de diversité et de jeunesse, et la cooptation de camarades pour atteindre la parité statutaire…puis on invente et on distribue des tâches et des responsabilités en fonction des affinités électives de ceux qui forment cet exécutif national. Ce qui le rend bien impuissant à exécuter quoi que cela soit, ….
C’est pourquoi, il faut d’abord dans un premier temps définir la composition de l’Exécutif en termes de tâches et responsabilités, partant du principe que le CN dirige le Parti et que l’exécutif met en oeuvre. Puis dans un deuxième temps, le seul critère doit être de choisir celles et ceux qui seront les meilleur-e-s pour assumer chacune des responsabilités définies comme utiles. Tous autres critères même statuaires me semblent superflus et voir nuisibles, au regard de la situation tragique dans laquelle est le Parti.
Conclusion provisoire
Il nous faut travailler et confronter, être capable de transgresser ce que nous sommes, sans nous renier. Pas de baguettes magiques, du sang et des larmes, et peut être du plaisir si nous.....
Commentaires
Je viens de lire intégralement ta contribution; bien sûr j'ai besoin encore de réfléchir mais ce que tu décris, je le ressentais et le revisiter en te lisant, balloter nous le sommes et nous avons besoin d'être nous-même et communistes dans ce 21eme siècle rempli de périls mais aussi d'espoirs et là la pensée Marx auquelle tu fais référence est un atout.
Je vais transmettre à mes amis et camarades qui sont divers sur le futur communisme ta réflexion.
Merci pour cette contribution, j'ai prévu d'en faire une bientôt, elle va m'aider sincèrement.
Un communiste qui souffre mais qui entrevoit la guérison.